Je ne vends pas des tableaux. Je construis un univers. Pendant longtemps, j’ai cru que mon métier consistait à peindre. Puis j’ai pensé qu’il consistait à écrire. Aujourd’hui, avec le recul, je crois que mon métier est tout autre.
Je construis un univers.
Chaque tableau, chaque roman, chaque illustration, chaque carnet, chaque exposition est une pièce d’un même puzzle.
Longtemps, je ne l’ai pas vu.
Je créais une peinture parce qu’une idée me fascinait.
J’écrivais un roman parce qu’un personnage refusait de quitter mon esprit.
Je réalisais une illustration parce qu’une scène méritait d’être montrée.
Je pensais faire plusieurs métiers.
En réalité, je faisais toujours le même.
J’explorais le même continent imaginaire.
C’est une prise de conscience qui a changé ma façon de travailler.
Aujourd’hui, lorsque je commence une nouvelle œuvre, je ne me demande plus :
« Est-ce un tableau ou un roman ? »
Je me demande :
« Quelle est la meilleure porte d’entrée pour raconter cette histoire ? »
Certaines idées deviennent une peinture.
D’autres exigent cent pages.
D’autres encore attendront des années avant de trouver leur forme.
J’ai appris à ne plus les forcer.
Je les laisse mûrir.
Car une œuvre n’est pas un produit que l’on fabrique à la chaîne.
C’est une rencontre.
Et cette manière de voir mon métier a aussi changé ma relation avec ceux qui découvrent mon travail.
Je ne cherche plus à vendre une toile.
Je cherche à inviter quelqu’un dans un univers.
Si cette personne commence par un tirage d’art, peut-être aura-t-elle envie de lire un roman.
Si elle découvre un roman, peut-être remarquera-t-elle un détail qui existe aussi dans une peinture.
Si elle lit un article de ce blog, peut-être reconnaîtra-t-elle plus tard un personnage ou un symbole dans une exposition.
Tout est relié.
Et c’est précisément cette cohérence qui me passionne.
Je crois que, aujourd’hui, être créateur ne consiste plus seulement à produire des œuvres.
Il s’agit de bâtir un monde dans lequel les lecteurs, les visiteurs et les collectionneurs auront envie de revenir.
Un monde qui continue d’exister même lorsque le livre est refermé.
Même lorsque l’exposition est terminée.
Même lorsque la lumière de l’atelier s’éteint.
✧ Une réflexion
Si je devais résumer mon métier en une seule phrase, ce serait celle-ci :
Je n’essaie pas de remplir une galerie ou une bibliothèque. J’essaie de construire un monde dans lequel quelqu’un aura envie de vivre, ne serait-ce que le temps d’un voyage.