Un jour, un ami m’a dit que je traçais des ponts entre les idées, comme des passerelles pour passer d’un monde à l’autre — cette porte qui sépare le réel de l’imaginaire. Je me souviens de nos discussions passionnées sur ces parcours croisés, où les formes faisaient écho aux paréidolies, où les couleurs tissaient une mosaïque à travers l’ensemble des territoires de l’imaginaire.
Pourquoi les mondes parallèles nous fascinent-ils depuis des millénaires ?
Il suffit parfois d’une porte entrouverte pour que notre imagination s’emballe. Une vieille arche recouverte de mousse. Un reflet dans un miroir oublié dans un grenier, comme dans L’Histoire sans fin, ou dans Le Monde de Narnia de C. S. Lewis, où une simple armoire ouvre sur un autre royaume. Ou encore ce Hobbit tranquille, terré au fond de son trou, dont J.R.R. Tolkien fait naître toute une épopée dans son univers de fiction de la Terre du Milieu.
Depuis que l’être humain raconte des histoires, il imagine qu’il existe un autre monde, juste derrière le nôtre. Une forêt dans laquelle personne n’ose s’aventurer. Les Celtes, comme les peuples autochtones du Canada — Premières Nations, Inuits, Métis — parlaient d’un Autre Monde, un royaume invisible où le temps s’écoulait autrement. C’est pour cette raison qu’il y a souvent des chamans dans mes histoires. Les mythes nordiques évoquaient les neuf mondes reliés par Yggdrasil, l’immense arbre cosmique. Dans les légendes japonaises, certains sanctuaires deviennent des passages vers le monde des esprits — une tradition animiste que l’on retrouve dans l’œuvre d’Hayao Miyazaki. Ce qui me passionne, au-delà de l’inspiration foisonnante de ce bestiaire, c’est ce que m’offre la médiation entre les êtres humains et les forces spirituelles : esprits de la nature, âmes des animaux sauvages, ancêtres.
Et aujourd’hui encore, la science-fiction imagine des univers parallèles, des dimensions cachées, des réalités alternatives.
Pourquoi cette idée traverse-t-elle toutes les cultures ? Peut-être parce qu’elle répond à une question profondément humaine. Et si notre réalité n’était qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste ? Le multivers, les cosmogonies à imaginer sont sans limites — comme ce paradoxe temporel qui traverse l’aventure intemporelle de mon protagoniste, Errac Dorn.
J’ai toujours été fasciné par cette frontière invisible, qui pour moi n’existe que dans nos pensées limitantes. C’est elle qui a donné naissance à l’univers du Monde des Pi-R : les trois mondes, Bâlopin, l’Entre-là et Ylenhôo. Dans Les Tribus de Pi-R, deux mondes évoluent côte à côte sans se voir. Il en va de même pour les Erutans et les Ecnecis dans Errac Dorn, l’aventure intemporelle. L’un est marqué par les machines, les engrenages et les inventions. L’autre respire au rythme des légendes, des pierres anciennes et des tribus oubliées.
Ils semblent séparés. Pourtant, ils s’attirent comme deux aimants. Cette idée n’est pas née uniquement de mon imagination. Elle est nourrie par des lectures d’histoire, d’archéologie, de mythologie — mais aussi par une conviction très personnelle.
Les grandes histoires ne parlent jamais seulement de monstres ou de magie, d’amitié ou de quête personnelle. Elles parlent de nous. C’est ainsi que j’aime faire un pas de côté pour vous raconter, par le prisme de mon imaginaire, des histoires extra-ordinaires.
Chaque monde imaginaire est un miroir. Lorsque nous suivons un héros qui franchit une porte interdite, nous explorons en réalité nos propres peurs, nos espoirs et notre curiosité. C’est peut-être pour cette raison que ces récits traversent les siècles : ils nous rappellent qu’il existe toujours quelque chose au-delà de ce que nous croyons connaître.
La Fantasy et la Science-Fiction ne cherchent pas à nous éloigner du réel. Elles nous invitent à le regarder autrement. Au fond, les mondes parallèles ne sont peut-être pas des lieux. Ce sont des façons différentes d’observer notre propre monde. Et si nous aimons tant les explorer, c’est probablement parce qu’ils nous permettent de revenir chez nous avec un regard neuf.

Pour prolonger l’exploration
Cette idée de deux mondes qui s’attirent et se repoussent est au cœur de mes romans : Le Monde de Pi-R et Les Tribus de Pi-R. Mais avant d’être des histoires, mes ouvrages étaient des questions.
Que ferions-nous si nous vivions sur une île entourée d’un abîme, là où l’eau des océans aurait disparu ? Archimède, jeune inventeur, navigue entre les mondes de Pi-R.
Existe-t-il un moyen de reconstruire son destin ? Errac Dorn, voyageur du temps, explorateur d’une civilisation perdue qui le hante depuis toujours.
Et je crois que les plus belles aventures commencent toujours par une question. Alors quelle sera la vôtre ?